À l’heure où le Cameroun s’apprête à franchir une nouvelle étape de son destin démocratique, c’est loin de ses frontières, dans les couloirs feutrés de Genève, que le président Paul Biya a choisi de séjourner. À trois semaines du scrutin présidentiel prévu le 12 octobre 2025, le chef de l’État camerounais, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, s’est envolé pour la Suisse, accompagné de son cercle rapproché, dans une discrétion renforcée… mais supervisée par des agents de sécurité américains.
Ce déplacement non motivé officiellement soulève plus de questions qu’il n’en résout. Le recours à une assistance sécuritaire étrangère en l’occurrence celle des États-Unis donne à cette escapade helvétique un goût amer de dépendance postcoloniale. Pendant que le peuple camerounais s’interroge sur l’avenir démocratique de son pays, c’est sous la surveillance d’une puissance extérieure que se déplacent ses dirigeants.
Avec une équipe de sécurité réduite à quatre agents, placée sous la supervision du vice-amiral Joseph Fouda, ce voyage présente une mise en scène méticuleusement orchestrée, où la discrétion devient un écran, et le silence, une stratégie. Mais au cœur de ce silence, résonne une vérité brutale : celle d’un pouvoir vieillissant qui peine à inspirer confiance sans le concours d’acteurs étrangers.
En creux, ce voyage illustre l’impasse d’un modèle de gouvernance déconnecté des aspirations populaires africaines, et toujours arrimé à des complicités étrangères. Ce n’est pas simplement Paul Biya qui part en Suisse, c’est l’image d’une Afrique encore prisonnière de ses vieux réflexes : confier sa souveraineté au-delà des mers, alors que le peuple attend, dans la chaleur de ses terres, des réponses claires sur son avenir.
