Le groupe anglo-suisse Glencore, l’un des principaux acteurs mondiaux du négoce et de la production de matières premières, est engagé dans des discussions avancées pouvant aboutir à un désengagement partiel ou total de la Kamoto Copper Company (KCC). Ce complexe minier figure parmi les plus importantes exploitations intégrées de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC). Il est situé à Kolwezi, dans la province stratégique du Lualaba, cœur de l’industrie minière congolaise.

Une structure de capital bien établie

À ce stade, la structure de l’actionnariat de KCC reste inchangée. Glencore détient 75 % du capital via sa filiale Katanga Mining, lui conférant le contrôle opérationnel du site. Les 25 % restants sont détenus par la Gécamines, l’entreprise publique congolaise, partenaire historique de plusieurs projets miniers structurants du pays. KCC est reconnue comme un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement mondiale en métaux dits de transition, produisant du cuivre cathodique et de l’hydroxyde de cobalt, des intrants clés pour les batteries électriques, les énergies renouvelables et les technologies bas carbone.

Un repositionnement stratégique dans un contexte mondial mouvant

La possible cession de KCC s’inscrit dans un contexte plus large de repositionnement stratégique des grandes compagnies minières, confrontées à une combinaison de pressions réglementaires, environnementales et géopolitiques accrues autour des métaux critiques. La sécurisation des approvisionnements, la maîtrise des coûts et l’acceptabilité sociale des projets sont devenues des priorités pour les majors du secteur.

C’est dans ce cadre que Rio Tinto et Glencore ont confirmé, cette semaine, être engagés dans des discussions préliminaires portant sur une éventuelle fusion de certaines, voire de l’ensemble, de leurs activités. Les deux groupes soulignent toutefois le caractère exploratoire de ces échanges et précisent qu’aucune offre ferme n’a été formulée, ni sur le principe, ni sur les modalités d’une éventuelle transaction.

Un enjeu suivi de près en RDC

En République démocratique du Congo, l’évolution de ces discussions est observée avec attention. Glencore y contrôle deux actifs majeurs : Kamoto et Mutanda, détenues respectivement à environ 70 % et 95 % par le groupe. Les permis d’exploitation de ces sites arrivent à échéance en 2039 pour Kamoto et 2037 pour Mutanda, ce qui leur confère encore une visibilité de long terme.

En 2024, malgré un recul de la production par rapport à l’année précédente (–7 % pour le cuivre et –10 % pour le cobalt), les deux mines ont livré 224 500 tonnes de cuivre et 35 100 tonnes de cobalt, confirmant le poids de Glencore dans l’économie minière congolaise et sur les marchés internationaux.

Un cadre réglementaire contraignant

Dans leurs communications, Glencore et Rio Tinto rappellent qu’aucune certitude n’existe quant à l’issue de ces discussions. Toute opération éventuelle resterait soumise à des approbations réglementaires strictes, tant dans les juridictions boursières concernées que dans les pays hôtes des actifs miniers, dont la RDC.

Selon Glencore, le scénario actuellement envisagé pourrait prendre la forme d’une acquisition par Rio Tinto, via un mécanisme d’« arrangement » validé par un tribunal, un schéma couramment utilisé au Royaume-Uni pour ce type de transactions. Rio Tinto confirme de son côté mener des échanges préliminaires et indique qu’en cas d’offre, la structure et la contrepartie pourraient être ajustées en fonction des discussions et des contraintes réglementaires.

Sur le plan du calendrier, une échéance est désormais fixée : Rio Tinto dispose jusqu’au 5 février 2026 à 17 heures (heure de Londres) pour annoncer soit son intention ferme de formuler une offre, soit l’absence d’une telle intention.

Un marché contrasté pour les métaux

Ces mouvements stratégiques interviennent dans un environnement de marché contrasté. Le cuivre a connu une année 2025 exceptionnelle, avec une hausse des prix de 44 % et un record à 12 960 dollars la tonne sur le London Metal Exchange (LME). Cette progression est portée par un dollar plus faible, la demande liée à l’intelligence artificielle et aux énergies renouvelables, ainsi que par des perturbations de l’offre minière. Les analystes estiment que la dynamique reste favorable en 2026.

Le cobalt, en revanche, présente un profil plus volatil. L’embargo temporaire sur les exportations imposé par la RDC a provoqué une hausse de plus de 100 % des prix, atteignant 53 355 dollars la tonne au 31 décembre 2025. Toutefois, le marché demeure exposé aux cycles de surproduction et aux évolutions technologiques, notamment dans le domaine des batteries, qui pourraient réduire la dépendance à ce métal à moyen terme.

Vers une consolidation accrue du secteur

Dans ce contexte, la consolidation apparaît de plus en plus comme un levier stratégique pour les grands groupes miniers, afin de sécuriser les volumes, mutualiser des investissements lourds et renforcer leur résilience face à des marchés devenus plus volatils. Des acteurs comme Teck Resources ou Anglo American ont également été cités parmi les entreprises engagées dans des réflexions similaires.

Selon des analystes de Jefferies, cités par Reuters, une éventuelle fusion entre Rio Tinto et Glencore serait complexe, mais pourrait ouvrir la voie à une création de valeur significative pour les deux parties. L’agence évoque la possibilité de voir émerger le plus grand groupe minier mondial, avec une capitalisation boursière combinée proche de 207 milliards de dollars. Si elle se concrétisait, une telle opération placerait le nouvel ensemble parmi les tout premiers producteurs mondiaux de cuivre, redéfinissant durablement les équilibres du secteur.

Redaction cH

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