À quelques jours du scrutin présidentiel du 15 janvier 2026, Robert Kyagulanyi Ssentamu, connu sous le nom de Bobi Wine, mène une campagne très suivie à travers l’Ouganda, dans un contexte politique particulièrement tendu. Le chanteur devenu homme politique et candidat du National Unity Platform (NUP) incarne l’opposition la plus visible au président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de 40 ans, qui vise un septième mandat consécutif.
Une candidature qui mobilise, mais dans la répression
Bobi Wine, 43 ans, s’est imposé comme la figure de proue d’un courant politique réclamant changement et réforme démocratique, notamment auprès des jeunes générations frustrées par le manque d’emplois, la corruption et une gouvernance jugée étouffante. Ses rassemblements attirent des foules importantes, souvent animées et colorées, traduisant un fort engouement populaire dans plusieurs régions du pays.
Pourtant, cette mobilisation se déroule dans un environnement marqué par la répression et des violences sporadiques. Des organisations internationales, dont les Nations unies et Amnesty International, ont dénoncé une intensification des actions de répression contre les partisans de l’opposition, avec arrestations massives, violences policières et intimidations, particulièrement dirigées vers les partisans de Bobi Wine.
Les forces de sécurité ougandaises sont également accusées d’avoir employé le gaz lacrymogène et d’autres moyens coercitifs lors de meetings et caravanes électorales, créant un climat de peur qui complique l’exercice démocratique et la libre expression politique.
Une campagne articulée autour de promesses fortes
Sur le plan programmatique, Bobi Wine concentre sa campagne sur plusieurs axes majeurs, cherchant à se présenter comme l’alternative crédible à la longue gouvernance de Museveni. Il met notamment en avant la lutte contre la corruption, la création d’emplois pour les jeunes, et la restauration de l’État de droit, des thèmes qui résonnent particulièrement auprès des électeurs déçus par les décennies de pouvoir du président sortant.
Dans certaines zones comme la région de Karamoja, il a promis de revoir les politiques d’exploitation des ressources naturelles, en défendant une plus grande transparence et participation des communautés locales dans la valorisation des richesses minières.
Face aux inquiétudes d’éventuelles manipulations du scrutin, Bobi Wine n’a pas exclu d’appeler à des manifestations pacifiques si des irrégularités étaient constatées, tout en appelant ses partisans à rester non violents mais vigilants.
Le spectre de l’intimidation et des restrictions
Une des préoccupations majeures de la campagne est la possibilité d’interruption d’internet le jour du vote, une tactique déjà observée lors de précédentes élections pour limiter la communication et l’organisation de l’opposition. En anticipant cette éventualité, Bobi Wine a encouragé ses partisans à utiliser des applications de messagerie fonctionnant sans connexion internet, permettant notamment de partager des informations critiques sur le déroulement du vote.
Par ailleurs, Bobi Wine a exprimé à plusieurs reprises ses critiques envers certaines politiques gouvernementales, telles que le Parish Development Model, qu’il qualifie de vecteur de corruption plutôt que d’un programme de développement efficace.
Soutiens et fractures internes
Alors que Museveni conserve l’appareil de l’État et bénéficie d’un contrôle étendu sur les institutions politiques et sécuritaires, la campagne de Bobi Wine a suscité des soutiens inattendus, y compris de la part de certaines organisations professionnelles. L’Uganda Law Society, par exemple, a rompu avec sa tradition de neutralité pour dénoncer ce qu’elle considère comme une captation des institutions et afficher son soutien aux candidats de l’opposition, dont Bobi Wine.
Cependant, malgré l’énergie de sa base et une popularité indéniable parmi les jeunes citadins et certaines zones rurales, Bobi Wine affronte des défis importants. L’armée et les zones rurales restent largement acquises à Museveni, dont le parti, le National Resistance Movement (NRM), conserve une hégémonie politique affirmée depuis des décennies.
Une élection sous surveillance internationale
L’élection du 15 janvier est suivie de près par la communauté internationale, soucieuse notamment de l’état de la démocratie en Ouganda. Les observateurs pointent du doigt les risques de violence post-électorale, les restrictions à la liberté d’expression et d’association, ainsi que les inquiétudes quant à la transparence du processus électoral.
Alors que Museveni, 81 ans, est donné largement favori par les sondages et les analystes en raison de sa longue emprise sur le pouvoir, Bobi Wine symbolise l’aspiration au changement pour une partie significative de la population. Que ce soit à travers ses promesses de réformes institutionnelles, son appel à une plus grande justice sociale ou sa capacité à mobiliser les jeunes, sa campagne se déroule à un moment charnière pour l’avenir politique de l’Ouganda.
Une présidentielle sous haute tension
À l’approche du jour du scrutin, la campagne de Bobi Wine se présente comme un moment crucial pour l’opposition ougandaise, articulant espoir et défi dans un environnement politique largement dominé par le pouvoir en place. Entre mobilisation populaire, répression accrue et appels à la vigilance démocratique, cette élection pourrait marquer un tournant significatif ou confirmer la continuité du régime de Museveni, dans un pays où la stabilité politique et la volonté populaire sont aujourd’hui étroitement surveillées.
À suivre : l’annonce des résultats et la réaction de la scène politique ougandaise, qui promettent de révéler beaucoup sur l’état de la démocratie dans le pays.
Redaction cH
