À trois semaines d’un scrutin présidentiel décisif, le Cameroun voit son chef d’État, Paul Biya, s’éclipser vers Genève. Le 21 septembre, accompagné de la première dame Chantal Biya, de proches collaborateurs et de son conseiller spécial, le vice-amiral Joseph Fouda, le président a quitté Yaoundé pour un séjour helvétique dont le motif n’a pas été officiellement révélé.

Plus singulière encore est la protection entourant ce déplacement. Non pas assurée par l’appareil sécuritaire national, mais par des conseillers américains, mobilisés pour encadrer le voyage et dicter leurs standards de sécurité. À la faveur de cette assistance étrangère, le président camerounais s’est vu imposer une escorte réduite, limitée à quatre agents rapprochés, et une discrétion inhabituelle qui tranche avec ses habitudes.
Au-delà du protocole, cette scène soulève des interrogations. Comment un État souverain peut-il laisser la garde de son premier magistrat dépendre de services extérieurs ? Quelle image renvoie au peuple camerounais et plus largement au continent africain ce recours à des puissances étrangères pour sécuriser les pas de celui qui aspire encore à incarner la nation ?
Dans le tumulte des échéances électorales, ce voyage en Suisse illustre à la fois la fragilité de certaines présidences africaines et la persistance des tutelles invisibles qui continuent d’entraver l’idéal d’une Afrique maîtresse de son destin. Car un lion qui cherche refuge loin de sa savane, escorté par d’autres chasseurs, rappelle moins la majesté d’un souverain que la dépendance d’un hôte sous surveillance.
Rédaction
