Bukavu, 29 septembre 2025. La société civile du Sud-Kivu a transmis une note de plaidoyer à plusieurs acteurs internationaux et régionaux impliqués dans la médiation du conflit opposant le gouvernement congolais au mouvement armé AFC/M23. Dans ce document, signé par une dizaine de figures locales, les responsables associatifs expriment leurs préoccupations face à certaines clauses du « projet zéro » de l’Accord de paix global en discussion à Doha, sous l’égide du Qatar.
Les signataires saluent les efforts diplomatiques menés ces derniers mois notamment la Résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU (février 2025), l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali (juin 2025), ainsi que la Déclaration de principe de Doha du 19 juillet mais estiment que le texte en cours de négociation comporte des dispositions susceptibles de compromettre « la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo ».
Parmi les points controversés, l’article 8 relatif à la création d’une « force spéciale intérimaire » chargée de sécuriser la région du Nord et du Sud-Kivu suscite de vives réserves. Selon la société civile, confier cette mission à une force distincte des FARDC pourrait être interprété comme une remise en cause de l’autorité de l’État congolais et ouvrir la voie à une fragmentation du territoire.
Les organisations signataires rejettent également l’idée d’une gouvernance intérimaire spécifique à l’Est du pays, assortie d’élections locales anticipées en 2027. Elles y voient une mesure « susceptible d’encourager une balkanisation du territoire », en contradiction avec le principe constitutionnel de l’unité nationale.
Au-delà de ces aspects, les représentants du Sud-Kivu rappellent le lourd passif des conflits successifs qui ont ensanglanté la région depuis plus de trois décennies, citant notamment les massacres documentés par le Rapport Mapping des Nations unies (2010). Ils appellent à ce que la voix des communautés locales et de la société civile soit davantage intégrée dans les négociations internationales, afin d’éviter que « des décisions concernant l’avenir du Congo ne soient prises sans la participation des premiers concernés ».
Enfin, la note interpelle directement le président Félix Tshisekedi, estimant que la consolidation de la paix nécessite également des mesures de décrispation politique à l’échelle nationale, ainsi qu’un dialogue inclusif réunissant toutes les parties prenantes, y compris les groupes armés engagés dans les discussions.
Cette prise de position illustre les tensions persistantes autour du processus de Doha, qui, malgré le soutien des médiateurs internationaux, continue de susciter des débats sur ses implications pour la souveraineté congolaise et l’avenir de la région des Grands Lacs.
Rédaction cH
