Plus d’un milliard de litres de carburant auraient échappé au dédouanement en 2025, causant des pertes financières colossales pour l’État congolais

En République démocratique du Congo, une fraude douanière d’une ampleur exceptionnelle secoue le secteur des hydrocarbures dans la zone Sud du pays. Selon une correspondance officielle de la ministre d’État en charge des Hydrocarbures, datée du 30 janvier 2026, près de 40 000 camions de produits pétroliers seraient entrés frauduleusement sur le territoire national par les postes frontaliers du Katanga au cours de l’année 2025.

1 million de m³ de produits pétroliers importés en fraudeD’après les données du système douanier SIDONIA, environ 2 millions de mètres cubes de produits pétroliers ont été importés par la voie Sud en 2025.

Toutefois, seuls 1 million de m³ auraient été régulièrement dédouanés, laissant près de 50 % des volumes, soit 1 milliard de litres de carburant, entrer en République démocratique du Congo sans paiement des droits et taxes dus.

Cette situation aurait entraîné un manque à gagner estimé entre 300 et 800 millions de dollars américains pour le Trésor public, malgré la présence des services de l’Inspection générale des finances (IGF) dans la région du Katanga.

Soupçons de fraude organisée et de complicités internes

Dans sa lettre adressée au Directeur général de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), la ministre d’État évoque une fraude « massive, récurrente et organisée », qui ne saurait être assimilée à de simples dysfonctionnements administratifs. Elle pointe de possibles complicités internes impliquant certains agents censés assurer le contrôle et la mobilisation des recettes publiques.

Interception de camions-citernes et fuite d’informations

Un cas précis est mis en avant : le 16 janvier 2026, une opération de la brigade mixte de lutte contre la fraude du programme de marquage moléculaire des produits pétroliers (MAMO) a permis l’interception de trois camions-citernes transportant du carburant non marqué.

Les produits concernés appartiendraient à la société VEXHOR SARL, cédés sous douane à PANDA INTERNATIONAL CONGO, entreposés au dépôt PMJ et transportés par des véhicules de cette même structure.

L’opération aurait été compromise par une fuite présumée d’informations confidentielles, exposant les agents de terrain à de sérieux risques sécuritaires.Des éléments d’enquête évoquent l’implication présumée d’un haut responsable de la brigade douanière de la DGDA dans le Haut-Katanga, soupçonné d’avoir alerté l’opérateur pétrolier concerné.

La ministre interpelle la DGDA et l’IGF

Face à ce qu’elle qualifie de record historique de fraude, la ministre des Hydrocarbures dénonce la passivité de la DGDA et de l’IGF, s’interrogeant sur l’absence d’alertes officielles, de sanctions disciplinaires visibles et de mesures correctives fortes.

Elle recommande notamment :

• la prise de mesures administratives et disciplinaires urgentes ;

• la suspension préventive des agents mis en cause ;

•la publication d’un rapport détaillé sur les écarts relevés par SIDONIA en 2025 et sur les responsabilités internes.

La position de la DGDA

De son côté, la DGDA rappelle, dans une correspondance datée du 9 janvier 2026 émanant de sa direction provinciale du Haut-Katanga, que la cession sous douane est prévue par l’article 167 du Code des douanes. L’administration douanière affirme avoir autorisé, conformément à la loi, la cession de 600 m³ de gasoil de VEXHOR SARL à PANDA INTERNATIONAL CONGO, avec transfert des obligations douanières au cessionnaire.

Un enjeu majeur pour les finances publiques et la gouvernanceCette affaire met en lumière de profondes tensions entre les autorités sectorielles et l’administration douanière, dans un contexte marqué par des enjeux cruciaux de mobilisation des recettes publiques, de gouvernance financière et de sécurité économique nationale.

Elle relance également le débat sur l’efficacité des mécanismes de contrôle douanier et de lutte contre la fraude en République démocratique du Congo.

Rédaction cH

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